Il y a des voitures que l’on prend en main avec quelques a priori. On ne va pas se mentir, c’était mon cas pour la DS N°8. Avec son look spectaculaire, son positionnement premium revendiqué mais des chiffres de vente décevant, je me suis dit que ça ne pouvait pas bien se passer au volant de cette grande électrique française.
Et pourtant, après quelques kilomètres à son volant, une évidence s’impose : cette DS N°8 est probablement bien meilleure que ce que son accueil commercial laisse penser.
Mais alors pourquoi est-ce qu’elle se vend si peu ? Qu’est-ce qu’elle vaut réellement ? J’ai fait un peu moins de 1000 km à son volant et je vais tout vous dire !
Design extérieur : difficile de rester indifférent
La première rencontre avec la DS N°8 ne laisse pas vraiment de place à la neutralité. On aime ou on déteste, mais difficile de passer devant sans la regarder. Longue de 4,82 m, large de 1,90 m et forte d’un empattement de 2,90 mètres, et 2300 kg sur la balance, la N°8 entend jouer dans la cour des grandes routières premium électriques.
Inspirée du concept DS Aero Sport Lounge, elle reprend les codes du SUV coupé tout en affichant une silhouette plus basse et effilée qu’un SUV mais plus haut qu’une berline. En clair, c’est un crossover routier fastback … voilà j’ai pas mieux. Les designers ont surtout travaillé l’aérodynamisme : le coefficient de traînée atteint 0,24 et le SCx 0,63 m². Si ces chiffres ne vous parlent pas, retenez que c’est super bien, et c’est notamment ça qui permet d’afficher 650 km d’autonomie malgré les 4 roues motrices de notre modèle d’essai. DS explique même avoir gagné jusqu’à 60 kilomètres d’autonomie WLTP grâce au travail effectué sur la carrosserie et les roues.
La face avant concentre une bonne partie du spectacle. La calandre lumineuse DS Luminascreen donne à la voiture une signature particulièrement originale, tandis que les projecteurs Pixel LED et les DS Lightblade verticaux mettent en exergue la largeur de la n°8 et donc renforcent son côté statutaire. De profil, les grandes roues pouvant atteindre 21 pouces et la poupe très travaillée participent également à cette stature.
C’est à l’arrière que l’on perçoit le plus le travail sur l’aérodynamisme avec cette grande surface vitrée très inclinée.
Et c’est probablement là que DS réussit son pari. Face à des concurrentes allemandes souvent très sages, la N°8 affiche une vraie personnalité. Elle ne cherche pas à ressembler à une BMW, une Mercedes ou une Audi. Elle cherche à être une DS. Alors c’est vrai que c’est très anguleux, très géométrique avec des lignes brisées, des formes très dessinées. Mais c’est audacieux et ça fait plaisir un peu d’audace.

Ambiance intérieure & infodivertissement : on s’installe dans le salon ?
Une fois la porte ouverte, la N°8 change complètement de registre. L’ambiance extérieure spectaculaire laisse place à un habitacle beaucoup plus apaisant.
DS revendique un véritable « cocon sensoriel » … Bon ça c’est l’argument marketing. Mais en vrai, les matériaux, l’éclairage, l’insonorisation et le dessin de la planche de bord concourent effectivement à créer une atmosphère particulièrement haut de gamme. Les finitions sont soignées, les assemblages précis en revanche, on regrette le choix de certains matériaux un peu « plastiques » au milieu d’un intérieur pourtant soigné. Sur mon modèle d’essai l’alcantara bleu (de série !) .
Mais dans la configuration que j’ai pu essayer, c’est surtout l’intérieur en Alcantara bleu (de série !) qui m’a bluffé. Il est tout simplement sublime. La matière apporte une ambiance à la fois sportive, chaleureuse et luxueuse, sans tomber dans le clinquant. Faut juste aimer le bleu. Les sièges avant sont chauffants, ventilés, massants et offrent un maintien latéral parfait, oui j’ai bien dit parfait puisqu’il est reglable électriquement. Et pour que le sentiment de confort soit au top il y a même le fameux DS Neck Warmer, qui diffuse de l’air chaud au niveau de la nuque.
À l’arrière, la N°8 n’oublie pas ses passagers. Avec son empattement de 2,90 mètres et des dossiers inclinés à 30 degrés, elle offre une vraie sensation de voiture conçue pour voyager. Et pour les bagages, pas de souci : le coffre affiche par ailleurs j .
Côté technologie, la présentation est à la hauteur : écran central de 16 pouces, instrumentation numérique de 12,25 pouces et affichage tête haute étendu qui projette les informations directement dans le champ de vision du conducteur. Le système DS Iris 2.0 intègre également la navigation connectée, la reconnaissance vocale et la planification des trajets avec prise en compte des recharges. Donc, même si vous utilisez Android Auto ou Apple CarPlay pour votre navigation, ça apparaît bien dans la vision tête haute. Et ça j’aime beaucoup.
Mais tout n’est pas parfait.
Le système multimédia se montre parfois un peu lent et capicieux. Il faut parfois presser à 2 ou 3 reprises pour provoquer l’affichage du menu ou de la commande souhaitée. Un petit défaut qui contraste avec l’ambition technologique de la voiture. DS promet une interface aussi fluide et réactive qu’un smartphone ; dans la réalité, on n’y est pas toujours.
La qualité sonore, en revanche, peut atteindre un niveau remarquable avec le système Electra 3D by Focal, qui utilise 14 haut-parleurs et un amplificateur de 690 watts. C’est une option à 2500€, mais pour être très clair, c’est sans aucun doute l’un des meilleurs « sound system » actuellement. Les basses sont rondes mais nettes, les medium et les aiguës sont parfaitement équilibrés, En tout cas, pour mon oreille et quelque soit le type de musique, c’est RE-MAR-QUABLE !
Pour résumer concernant l’intérieur, la N°8 donne surtout cette impression assez rare de monter à bord d’une voiture qui a une vraie identité. Et dans un marché où beaucoup d’habitacles finissent par se ressembler, c’est loin d’être anodin.
Conduite & Motorisation : lourde, puissante et étonnamment raisonnable
La DS N°8 est disponible avec trois configurations électriques : une version de 230 ch avec batterie de 73,7 kWh, une Long Range de 245 ch avec batterie de 97,2 kWh et, au sommet de la gamme, une AWD Long Range de 350 ch, également dotée de la batterie de 97,2 kWh. Mon modèle d’essai était cette dernière version, la plus puissante. Alors certes les 350 ch sont appréciables pour emmener les plus de 2 tonnes de la DS n°8, mais la version de 245 ch avec la grosse batterie est sans aucun doute le meilleur compromis puissance/autonomie.
Avec ses deux moteurs et ses quatre roues motrices, notre modèle d’essai abat le 0 à 100 km/h en seulement 5,4 secondes. De quoi rappeler que cette grande routière de près de cinq mètres n’a rien d’un paquebot anémique. Mais ce n’est pas une sportive non plus.
Le véritable exploit se trouve peut-être ailleurs.
DS annonce jusqu’à 688 kilomètres d’autonomie WLTP pour cette version AWD Long Range. Et contrairement à ce que l’on pourrait craindre avec une voiture aussi imposante, lourde et équipée de deux moteurs, cette promesse se montre plutôt crédible dans la réalité.
Lors de mon essai, l’autonomie annoncée s’est révélée presque conforme à la réalité avec une autonomie réelle de 650-660 km. Surtout, la consommation sur autoroute reste étonnamment raisonnable compte tenu du gabarit et du poids de la voiture : environ 23 kWh/100 km à 130 km/h avec le régulateur de vitesse.
Et c’est précisément là que la N°8 marque des points : son travail aérodynamique n’est pas uniquement esthétique. À vitesse élevée, le profil particulièrement travaillé de la voiture contribue réellement à contenir la consommation.
La recharge n’a d’ailleurs pas été oubliée. La batterie de 97,2 kWh accepte jusqu’à 160 kW en courant continu, avec un passage de 20 à 80 % annoncé en 27 minutes. DS annonce également jusqu’à 200 kilomètres récupérés en dix minutes. C’est possible mais avec le pré-conditionnement de la batterie entre 30 et 45 min avant la recharge. Pour vérifier la capacité de charge de la batterie, je me suis amusé à la rechargé après 15 min de roulage et sans préconditionnement : à 30% la DS n°8 prenait directement 100 kW de charge. Pas mal !
Et sur la route, c’est probablement le confort qui impressionne le plus. La suspension pilotée DS Active Scan Suspension utilise une caméra pour analyser la chaussée en amont et adapter les amortisseurs. Associée à l’excellente insonorisation et aux vitrages feuilletés, elle transforme les longs trajets en une expérience particulièrement reposante.
A condition bien-sûr de ne pas la brutaliser. Le comportement de la DS N°8 joue pleinement la carte de l’agrément de conduite, de la sérénité et du confort.

Alors, vraiment un flop ?
Sur le papier, la DS N°8 n’a pas grand-chose d’un mauvais élève. Son design est spectaculaire, son intérieur est franchement réussi, son niveau de confort est remarquable et son efficacité énergétique semble au rendez-vous.
Et surtout, son positionnement tarifaire est loin d’être absurde.
La DS N°8 démarre à 46 990 € pour la finition d’entrée de gamme baptisée « N°8 » avec le moteur de 230 ch qui affiche déjà 555 km d’autonomie WLTP. La finition intermédiaire « Pallas » débute 59 750 € en 230 ch. Pour la plus haute finition « Etoile » il faudra débourser au minimum 67 030 € en 230 ch.
Et si vous voulez prendre la finition supérieure avec le le moteur le plus puissant et les 4 roues motrices, le prix catalogue hors option est de 75 150 € (Étoile AWD Long Range 350 ch).
À titre de comparaison, si on regarde des modèles avec des autonomies et des puissances comparables on trouve la BMW i5 (340 ch – 627 km d’autonomie WLTP) qui débute à 76 250 €. On trouve aussi une Audi A6 e-tron Sportback (367 ch – 607 km d’autonomie WLTP) qui démarre à 64 950 €.
La N°8 Long Range 245 ch, à 63 300 €, pouvait donc revendiquer une autonomie WLTP supérieure à ces deux concurrentes tout en restant compétitive en terme de tarif. N’oublions pas les catalogues d’options infinis des constructeurs premium allemands qui font grimper la facture à une vitesse folle.
C’est finalement tout le paradoxe de cette DS N°8 : elle n’est ni particulièrement bon marché, ni particulièrement chère compte tenu de ce qu’elle propose.
Elle est surtout différente.
Et peut-être est-ce précisément son problème. Dans un marché automobile où les acheteurs premium connaissent parfaitement les logos allemands et où les constructeurs chinois arrivent avec des arguments tarifaires redoutables, DS doit encore convaincre que le luxe français peut constituer une troisième voie crédible.
Après l’avoir essayée, j’ai pourtant envie de prendre le pari.
La DS N°8 n’est peut-être pas le succès commercial qu’espérait DS. Mais derrière ce que certains pourraient déjà qualifier de « flop », il y a une voiture aboutie, confortable, originale et cohérente. Une voiture qui ne cherche pas à battre les Allemands sur leur terrain, mais à proposer autre chose.
Et franchement ? J’ai essayé un flop… et j’ai kiffé.
J’ai aimé
- le design
- le confort et l’insonorisation
- le système hi-fi FOCAL
- le volume de coffre
J’ai regretté
- l’infodivertissement perfectible
Modèle d’essai
DS N°8 Etoile AWD Long Range (350 ch) : 75 150 € + 4800 € d’option = 79 950 € TTC













